Stormy Monday

Il aura fallu la recommandation de notre @Billaut national, pour que je tombe sur « le remarquable article de Lunardelli« . Pour ma part, quand un de mes bloggers préférés associe cet adjectif à la publication d’un article, je me jette dessus et/ou je le sauvegarde précieusement pour le lire à tête reposée, en général dans le train, ou je passe beaucoup de temps en ce moment. Et là, surprise, quelque chose qui me défrise dès les premières lignes, un pressentiment, peut être l’évocation de « 1984 » dès l’introduction, qui en général annonce que les choses vont se gâter.

Comme sait le faire tout bon communicant, le discours va être construit, étayé par des arguments imparables amenant à une conclusion que le lecteur pourra tirer de lui même, et que l’auteur se gardera bien d’exprimer clairement : « Google va donner la possibilité aux régimes totalitaires de contrôler les données de leurs citoyens ».

Cloudbusting

Pour avoir « bricolé dans le web » depuis quelques années, et plus particulièrement pour avoir jouer avec les outils Google (Mail, docs, picasa, orkut, wave,  etc.) et même Chromium/Chrome depuis quelques temps déjà, je pense pouvoir me faire une idée précise de ce qui dérange Mr Lunardelli quant au fait d’envoyer et/ou de stocker ses données personnelles sur le Web. Ses arguments sont tout à fait valables, mais ils sont plutôt dirigés à l’encontre du concept même de « stockage dans le nuage », dont chrome n’est qu’une solution mettre en oeuvre ce concept, au même titre que les solutions Microsoft pour stocker ses documents en ligne.

Un document Google Docs

Pollution du nuage

A titre d’exemple, j’utilise intensivement un PC portable (professionnel) et mon employeur a choisi pour moi l’OS Microsoft Windows Vista 64 bits, la suite Microsoft Office 2007 et l’excellent Microsoft Outlook 2007 pour optimiser ma productivité. Si je me connecte à mon compte Microsoft Office Live Workspace « Beta », je peux sauvegarder mes documents « dans le nuage » et les partager publier avec mes clients, collègues, ou amis. Après tout, on peut avoir pleinement confiance dans une société comme Microsoft, ils n’ont pas l’habitude d’égarer les données de leur client. A ce titre, le fait que la démonstration de Google mette en évidence la possibilité de travailler avec la version en ligne d’Excel me parait être du simple bon sens, car cette capacité va rassurer les utilisateurs à qui on a répété pendant des années que les solutions (Open|Star|K|Z|) Office, pouvaient parfois ne pas « être compatibles » avec les documents office (Microsoft Office, what else ?),  déjà enregistrés.

Essai d'office live workspace beta

Office Live Workspace : On voit le nuage par la fenêtre

Hey ! You ! Get out of my cloud !

Google a choisi d’attaquer ce vaste sujet en sélectionnant un objectif atteignable, le marché des « netbooks » (je n’aime pas ce terme,
je ne suis pas le seul, j’aurai plutôt utiliser lightbook, thinbook, geekbook ou palmbook).
en s’appuyant sur un noyau linux pour ne pas réinventer la roue et en faisant vivre une communauté de développeurs.
C’est plutôt bien vu, les objectifs de services d’un « netbook » sont proches de ceux de Chrome et sur ce segment très concurrentiel,
Microsoft a du se défendre contre des propositions des constructeurs basées sur des distributions Linux.

Les petits morceaux de nuages

Il est bien évident que stocker ses données personnelles « dans le nuage », non cryptées, cela revient à stocker son courrier dans une consigne de gare (On me signale en régie qu’avec les procédures « vigie pirate » en cours, l’analogie prend tout son sens).
Eric Schmidt a fait un commentaire très pertinent à propos du « Patriot Act » qui relativise la « sécurité » du stockage en ligne. De la même façon, l’échange de mails via « Blackberry » n’a pas toujours été considéré comme une solution sécurisée, et l’on notera que les militaires français contribuent au développement de Thunderbird au lieu d’utiliser Echange comme tout le monde. Donc sur ce point là, j’abonde dans le sens de l’auteur.

De l’art d’être constant

La démonstration continue avec des arguments imparables, notament le fait que le netbook utilisant Chrome ne pourra pas lancer d’autre navigateur. « Pas de support de Safari, d’Internet Explorer, d’Opera et pas même de Firefox. ». Je dois être un peu lent. « Chrome OS » est un méta-navigateur optimisé sous Linux pour faire simple. Est il possible de lancer Internet Explorer sous linux ?
Retournons l’argument, c’est encore plus intéressant : Il est impossible de lancer Firefox dans Internet Explorer.
A la réflexion, ce n’est pas tout à fait vrai. En effet, le bureau Windows est affiché par un process nommé « explorer » que les amateurs de triple action (CTRL+ALT+SUPPR) connaissent bien. Ce process gère l’affichage du bureau Windows, donc si on utilise Firefox sous Windows, techniquement, il est lancé sous (Internet) Explorer (n.b. Pour les curieux, l’excellent « process explorer » permet de manager ses processus pour le meilleur et pour le pire). Je ne pense pas que c’était la référence qui étayait la réflaexion de l’auteur.
D’autre part, je pense qu’il ne sert à rien de lancer un défi,  on passe sur les bricolages de geek, et ceux qui aiment les « mezzes » bien salés se renseigneront sur NaCl. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt d’utiliser IE à l’intérieur d’un navigateur sous linux sur une machine légère, à moins que mon employeur ne m’oblige à me connecter avec IE et à autoriser les Active X à faire n’importe quoi sur mon PC personnel (Toute ressemblance avec … serait purement fortuite). Je préfère allouer les « maigres » ressources à l’utilisateur.

Un chapitre intéressant concerne les restrictions matérielles supposées imposées par Google. Je cite encore une fois « il sera possible de tirer parti d’une webcam, d’un slot USB » et juste après « Dans Chrome OS, toutes les données, sans exceptions, sont stockées sur les serveurs de Google. ». On note toutefois que l’article présente l’ouverture de fichiers au format Excel stockés sur une clé USB. Ce n’est pas très clair, donc j’ai fait ce que tout un chacun devrait faire, j’ai « googler » la question et par aquis de conscience, j’ai fait un test sur une VM sous Virtual Box.

Pour information, on sauvegarde très bien sous virtual box avec une version beta.

Sauvegarde sous chrome OS

Choix du lieu de sauvegarde d'un google doc sous chrome OS

Exportation d'un google doc sous chrome os
Exportation d’un google doc sous chrome os

C’est un bon début, si l’on peut archiver sur une clé ou un disque dur externe, utiliser un modem, une webcam, une carte son externe sur port USB et même soyons fous, une imprimante, je pense que la grand majorité des utilisateurs potentiels devrait être satisfaite.

Bien sûr, la notion de matériel certifié me dérange vraiment. Je crains pour ma part voir apparaitre des matériels affichant fièrement le logo « Chrome OS ready », voire pire des matériels construits en respectant uniquement  les recommandations de Google, ce qui serait très pénalisant puisque cet OS fournit de la documentation, des spécifications techniques et un accès aux sources (Encore une fois, les leaders sur le marché montrent la voie).

J’enfonce le cloud

Encore une fois, je reste admiratif de la prose de Mr Lunardelli. Il arrive à utiliser des tournures de phrases comme celle ci « Credo puriste du 100 % web  qui pousse Google à une plateforme sans concessions. » qui ont le mérite de présenter les faits (rien que les faits) sous un angle que j’affectionne. « Google insistait sur le fait que Chrome OS n’avait en aucune manière l’intention de concurrencer Windows ou Mac OS » : celle ci est magnifique. Le web est devenu un écosystème complexe, les utilisateurs achètent du service et plus de la licence, visiblement l’information n’a pas circulé partout. Pourquoi les utilisateurs accepteraient de payer pour une licence que la concurrence propose gratuitement, si le service associé et d’une qualité équivalente ?  Pour avoir du support bien sûr, mais dans le cas qui nous intéresse, je dirai le plus souvent parce qu’ils n’ont pas le choix. Microsoft redoute que la brèche cède sur le marché des « netbook », ou il a déjà été attaqué.

Il se trouve que je suis amené à installer des solutions logicielles sous différents OS. Le choix de l’OS reste la prérogative de nos clients, mais ils nous demandent souvent de nous prononcer et d’argumenter les pours et les contres de chaque solution en fonction de notre expérience et de nos affinités, mais aussi de notre parc installé. Je pense utiliser les leçons que j’ai tiré de la lecture de cet article et d’autres sources connues pour leur impartialité (Slashdot, Linuxfr, Get the facts, etc.).

Campaign of hate

Devant une telle maestria, j’ai cru à un moment que Microsoft avait lancé son opération « Fortitude ». Je me suis renseigné sur l’auteur et j’ai lu quelques autres de ses articles, souvent très intéressant.

Il est évident dès lors que l’on ne peut prêter de mauvaises intentions à l’auteur de ce billet, il est forcément « indépendant » puisqu’il le dit et il n’a aucun lien, présent ou passé, avec les différents acteurs. Pour le fun, lisez l’article en remplaçant Google par Microsoft, c’est priceless.

« En faisant du navigateur le cœur de la machine, Google introduit une vraie alternative au PC en réduisant celui-ci au rôle de terminal évolué. »

Tout comme l’auteur laisse à Google le bénéfice du doute, je lui laisse la pleine recevabilité de ses arguments, même si les tirades de fin me chagrinent :

– « Si la possibilité existe techniquement d’exercer un contrôle efficace sur une population … »  J’abonde, imaginons un président du conseil (en Italie au hasard) qui aurait la main sur l’audiovisuel public et privé.

– « En poursuivant ses intérêts commerciaux, en cherchant à affaiblir Microsoft, Google propose une plateforme qui me pose problème dans son approche comme dans ses implications potentielles. » 100% d’accord si Google arrive un jour à imposer l’utilisation de son OS sur une plateforme donnée, mais pour l’instant, je pense que Microsoft mène sur ce terrain là.

Update du 17/12

Ce soir à l’hôtel, seul le figaro est disponible. L’article page 26 est très en phase avec l’actualité. Le titre est discutable. Le contenu aussi. Les articles concernant Free et la 4ème licence ainsi que celui concernant la décision européenne concernant le choix du navigateur à l’installation sur les « Windows » est très intéressant aussi.

On me signale que Jolicloud est disponible en beta. Je ne sais pas quel article remarquable va être écrit par Mr Lunardelli. Pour ma part, je vais tester avant d’écrire quoi que ce soit. On se retrouve pour boire une mousse au 3ème nuage à droite.

J’avais ouvert le billet avec une note de blues et je vais clôturer sur une note de reggae, une note du grand Serge, qui évoque la nostalgie, camarade.

Notes à propos de l’architecture des « netbook »

Je me souvient des jours anciens ou l’on comparait les mérites respectifs des PC et des Amigas, pendant que les Macs (les Intosh pas les Leod) s’attaquaient à Big Brother et qu’il ne devait en rester qu’un. Les Amigas profitaient d’une architecture homogène, de co-processeurs dédiés, de jeux très ludiques et d’une communauté de programmeurs très active, et comme pour les dinosaures, on pense qu’ils ont été éradiqués par la chute d’une comète. Ils ont depuis longtemps disparus pour laisser la place à des machines plus performantes et des OS mieux pensés. Enfin, c’est l’histoire officielle, quelques théoricien du complot auront sans doute  une autre version à propager sur la toile …